CFRIES

Centre Franco-Russe d’Intelligence Economique et Stratégique

19 novembre 2006

Deutsche Telekom branché par un russe

AFK Sistema chercherait à prendre 25 % de l'entreprise allemande. Poutine dément.
Par Nathalie VERSIEUX
liberation : vendredi 3 novembre 2006

Après EADS, Deutsche Telekom... Un investisseur russe serait, une nouvelle fois, sur le point d'entrer au capital d'une entreprise occidentale stratégique. Le groupe mixte russe AFK Sistema (distribution, immobilier, banque, énergie, assurance) chercherait à prendre une minorité de contrôle (25 % et une action) du leader allemand des télécommunications. Selon le quotidien Handelsblatt d'hier, Sistema serait dans un premier temps prêt à céder à Deutsche Telekom, MTS (le numéro 1 des télécommunications russes avec 58 millions de clients) en échange de l'émission de 600 millions d'actions Deutsche Telekom.

Méfiance. Sistema se retrouverait ainsi à la tête de 15 % du capital du groupe allemand. Toutefois, le marché ne serait possible qu'avec l'accord de l'Etat allemand, qui détient 30 % de Deutsche Telekom, par l'intermédiaire de la banque publique KfW. L'opération a de fait peu de chances d'aboutir : Angela Merkel est connue pour sa méfiance envers la Russie de Vladimir Poutine. Interrogé par la presse allemande, un membre du conseil de surveillance de Deutsche Telekom estime que cette «attaque» du capital russe serait «plus dangereuse que celles des sociétés d'investissements américaines» (en avril, le fonds d'investissement Blackstone avait pris 4,5 % du capital de Deutsche Telekom), à qui l'opinion allemande prête pourtant des intentions criminelles.

Le service de presse du milliardaire russe Vladimir Ievtouchenko, qui possède les deux tiers de Sistema, démentait hier les affirmations de la presse allemande. Sans vraiment parvenir à rassurer les milieux d'affaires allemands. Sistema s'est en effet assuré les services de top managers occidentaux tels que Stephan Newhouse (l'ex-chef de Morgan-Stanley) ou encore Ron Sommer (le chef de Deutsche Telekom, remercié voici quatre ans) «pour nous aider dans notre expansion à l'étranger», comme le confiait récemment Vladimir Ievtouchenko au magazine allemand Manager Magazin.

Sistema suit la voie que de nombreux milliardaires russes «entendent emprunter, assure la maison de courtage Aton, dans une note. La perspective des présidentielles de 2008 inquiète les milieux d'affaires russes, qui ne savent pas ce qui les attend après le départ de Poutine.»

Cosmétiques.
Les capitaux russes s'intéressent ouvertement à l'Europe occidentale en général, à l'Allemagne en particulier. Principal sponsor du club de foot de première division Schalke 04, Gazprom, qui a gagné les services de Gerhard Schröder (l'ancien chancelier siège au conseil de surveillance de l'entreprise qui supervise le gazoduc qui relie la Russie à l'Allemagne) figure, par exemple, au capital de Wingas, associé à BASF. Le millionnaire russe Axienenko est, lui, depuis 2003 engagé au capital de la maison de mode Escada, et le groupe Kalinka détient la majorité de la marque de cosmétiques Dr Scheller.

Sistema, Altimo, Alfa... autant de noms de sociétés d'investissements russes auquel le public européen devra s'habituer. Le groupe mixte Alfa, également, confirmait ainsi hier être «en discussions avec Vodafone et d'autres groupes de télécommunications occidentaux», en vue d'y prendre des participations.

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