CFRIES

Centre Franco-Russe d’Intelligence Economique et Stratégique

29 mars 2007

Le sous-marin furtif Iassen bientôt mis à l’eau

Le Programme national d’armement échelonné jusqu’à 2015 place le développement de la Marine de guerre russe et de sa composante sous-marine sur le même rang que les forces nucléaires stratégiques en tant que priorité étatique. Les sous-mariniers sont convaincus que bien que Moscou et Washington soient des partenaires de longue date, une véritable guerre se livre sous l’eau. Une guerre des technologies, dans laquelle la flotte sous-marine russe se montre comme un redoutable adversaire et aussi concurrent, écrivent les Izvestia.
Le commandant en chef de la Marine de guerre russe, Vladimir Massorine, a déclaré que présentement la Russie disposait de quatre types de submersibles. Ce sont les croiseurs sous-marins nucléaires stratégiques du projet 667 du type Kalmar et Delfin. Chacun d’eux emporte 16 missiles balistiques intercontinentaux mirvés (avec têtes multiples). La Russie possède des navires nucléaires d’attaque armés de missiles de croisière du projet 941 du type Granit. Chacune de ces unités emporte 24 missiles de croisière antinavires supersonique et de grande portée. Ces engins ont été dotés d’une intelligence artificielle, ce qui les rend extrêmement redoutables pour les groupes de porte-avions d’attaque de l’ennemi. Opérant en "meutes", ces missiles peuvent percer d’importe quel bouclier antimissile ennemi, choisir les cibles principales et les détruire une par une.

Il y a aussi les submersibles nucléaires polyvalents furtifs du projet 971 du type Akoula. Pratiquement indétectables dans les profondeurs de l’océan, ils patrouillent à proximité des bases navales de l’ennemi supposé.

Enfin, le quatrième type est constitué par les sous-marins diesel. Ce sont des navires de la zone rapprochée. Cependant, ils ne sont pas moins dangereux. Ces unités sont du type Varchavianka ou Lada, un modèle plus récent. Ces submersibles peuvent utiliser comme armement aussi bien des missiles que des torpilles et des mines. A la différence de leurs prédécesseurs les sous-marins diesel de la Seconde Guerre mondiale, les navires modernes ont une autonomie deux fois plus grande. Et pour ce qui est de la furtivité ils surpassent tout ce qui se fait de mieux dans les autres marines du monde.

En 2004, en présence du président Vladimir Poutine, deux croiseurs sous-marins nucléaires stratégiques du projet 667 du type Delfin n’avaient pas été en mesure de tirer des missiles balistiques basés en mer. Cet incident avait marqué un tournant dans la marine de guerre russe. Le ministère de la Défense a tiré les conclusions qui s’imposaient. Selon le premier vice-premier ministre, Sergueï Ivanov, 25% des 4.900 milliards de roubles (environ 188,5 milliards de dollars) destinés au réarmement des forces armées, 25% iront au renouvellement et à la modernisation de la Marine de guerre. Deux sous-marins nucléaires du projet 667BDRM ont été modernisés au cours de la seule dernière période. Deux autres sont en cours de réparation et de modernisation à Severodvinsk. Ils seront équipés d’une nouvelle installation hydroacoustique qui permettra aux submersibles de "voir et d’écouter", d’un nouveau dispositif anti-incendie et d’une meilleure protection des réacteurs nucléaires. Leur armement sera composé de nouveaux missiles stratégiques RSM-54 Sineva. A la différence du Skifa, il emporte non pas quatre, mais dix ogives autoguidées. Ce missile a une plus grande portée et un système de commande plus perfectionné.

En été de l’année dernière un missile balistique intercontinental Sineva a été tiré depuis le sous-marin nucléaire Ekaterinbourg situé au point géographique du pôle Nord. Effectuer un tir de dessous la glace n’est pas facile. En raison de l’intersection des pôles magnétiques les instruments de navigation des bateaux et des missiles ne fonctionnent pas, les équipages doivent être soumis à une formation particulière. Par contre, sous l’épaisse couche de glace le sous-marin reste jusqu’au dernier moment invisible pour les satellites d’observation de l’ennemi. Grâce à cela on obtient l’effet de surprise et la riposte nucléaire de représailles ne peut plus être détournée.

La modernisation de la flotte sous-marine n’est qu’une partie du programme prévoyant sa renaissance. Toute une série de sous-marins nucléaires de quatrième génération est créée à l’entreprise de constructions mécaniques Sevmach à Severodvinsk. Ce sont les submersibles du projet 955 du type Boreï. C’est justement pour eux qu’est mis au point le nouveau missile balistique basé en mer Boulava.

Trois sous-marins de quatrième génération sont actuellement en chantier : le Youri Dolgorouki, l’Alexandre Nevski et le Vladimir Monomakh, dit Vladimir Massorine. Par rapports aux submersibles de la génération précédente, ils seront techniquement et militairement beaucoup plus performants.

Un autre sous-marin nucléaire d’attaque polyvalent du projet 885 du type Iassen sera prochainement mis à l’eau à Severodvinsk. Ce navire remplacera d’emblée plusieurs submersibles en dotation. Pour les spécialistes, son apparition créera une véritable révolution. De par sa furtivité, le Iassen surpasse le sous-marin nucléaire américain Seawolf. De plus, il sera beaucoup plus fonctionnel : son armement (plusieurs types de missiles de croisière et de torpilles) lui permettra de mener à bien toute une gamme de missions en mer et avec la même facilité pourchasser les porte-avions ennemis ou porter des frappes massives de missiles sur son littoral.

© RIA Novosti

Posté par CFRIES à 21:13 - Armement & Defence - Permalien [#]