CFRIES

Centre Franco-Russe d’Intelligence Economique et Stratégique

01 septembre 2007

Brutal Kremlin

En Russie, la mise en oeuvre d'une loi sur les ONG, entrée en vigueur en 2006, menace désormais les libertés, contraignant à la fermeture ou favorisant la reprise en main de nombreuses organisations liées à la société civile. Vladimir Poutine est méthodique. Le régime qu'il a mis en place, appelé tour à tour "verticale du pouvoir", "démocratie contrôlée" ou "dictature de la loi", poursuit brutalement sa stratégie de corsetage du pays. Afin que ne subsistent que des ONG contrôlées ou dépendantes du pouvoir, le président russe utilise une vieille recette : présenter la Russie comme une forteresse assaillie d'ennemis.

M. Poutine est convaincu que, si elles n'étaient pas surveillées, les ONG bénéficieraient de fonds versés par les services secrets étrangers, dont l'unique objectif est d'affaiblir la Russie et de se mêler de ses affaires intérieures. Il faut donc les soumettre. Ce verrouillage se produit alors qu'approche la fin du mandat de M. Poutine, prévu en mars 2008.

Cette reprise en main intervient au moment où l'enquête officielle sur l'assassinat de la journaliste d'opposition Anna Politkovskaïa, tuée dans l'escalier de son immeuble, à Moscou, voici bientôt un an, a abouti à un résultat visiblement destiné à blanchir les réseaux du pouvoir russe.

Nicolas Sarkozy a critiqué, lors d'un discours de politique étrangère prononcé le 27 août, la Russie qui "impose son retour sur la scène mondiale en jouant avec une certaine brutalité de ses atouts, notamment pétroliers et gaziers". Après les complaisances des années Chirac, c'est indéniablement un raidissement français à l'égard de M. Poutine. Hasard ou non, il survient au moment où Moscou présente son propre candidat à la direction du FMI, contre celui de la France, Dominique Strauss-Kahn. La déclaration du président français était en tout cas la bienvenue. Elle exprimait un soutien clair aux pays voisins de la Russie - et de l'Union européenne - exposés depuis plusieurs années aux pressions et intimidations de Moscou.

Pour autant, M. Sarkozy s'est gardé d'évoquer l'évolution interne de la Russie. Le président français a fait la connaissance de Vladimir Poutine en juin, à l'occasion du sommet du G8 en Allemagne. Le rôle de Moscou va être crucial dans les mois qui viennent, à propos notamment du Kosovo et de l'Iran.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle, en public, depuis son élection, M. Sarkozy évite d'évoquer d'une façon ou d'une autre ce qui se passe en Russie : l'autoritarisme qui gagne, les pressions contre les ONG, les assassinats de journalistes, les emprisonnements à caractère politique, les crimes perpétrés dans le Caucase du Nord, les disparitions, la torture. Il n'a fait que la moitié du chemin.

Article paru dans le Monde du 02.09.07.

Posté par CFRIES à 22:34 - Politique & Media & Presse - Permalien [#]