CFRIES

Centre Franco-Russe d’Intelligence Economique et Stratégique

30 mars 2008

Marché de l'art: la contrefaçon devient un fléau national en Russie (Novye izvestia)

MOSCOU, 28 mars - RIA Novosti. De sérieuses vérifications ont été entamées cette semaine à la galerie Tretiakov de Moscou, à la suite d'un scandale lié à des spécialistes du musée ayant confirmé l'authenticité de toiles qui se sont par la suite révélées être fausses, note vendredi le journal Novye izvestia.

Ceci confirme une fois de plus un fait déjà évident: la contrefaçon est devenue un fléau national en Russie. A l'heure actuelle, aucun musée ni collectionneur ne peut être à l'abri de l'acquisition d'une oeuvre réalisée par des escrocs contemporains.

Certains experts affirment que les contrefaçons constituent 50% du marché russe des antiquités. Selon des estimations plus prudentes, elles ne représentent que 8% du marché, mais cette part correspond déjà à un volume d'affaires de 70 millions de dollars par an.

L'exemple le plus flagrant est l'acquisition par le milliardaire Viktor Vekselberg d'une collection d'art décoratif russe dans une vente aux enchères de Sotheby's (dont faisaient partie des oeufs Fabergé rarissimes). Il a été établi plus tard que 9 des 219 articles de la collection étaient des contrefaçons. Un nouvel incident n'a pas tardé à survenir chez Sotheby's: un tableau du fameux "chantre de la forêt russe" Ivan Chichkine, avec un prix de départ dépassant 1 million de dollars, a été retiré de la vente un jour avant les enchères, car il s'est avéré qu'il s'agissait d'un paysage retravaillé du Hollandais Marinus Koekkoek.

Les maisons d'enchères ne donnent jamais de garantie absolue, mais, tout simplement, on y trouve moins d'oeuvres falsifiées que dans les galeries. Ceci concerne également les musées d'Etat. Tout beau qu'il soit, un papier signé par un expert (avec en annexe un radiogramme et les caractéristiques techniques de la toile) n'est pas une "vérité de dernière instance". Il n'est pas accepté devant un tribunal et ne responsabilise en rien les spécialistes. S'il s'avère que l'oeuvre reconnue comme authentique est en réalité une contrefaçon, les conservateurs de musées s'en lavent les mains, en sous-entendant: "Nous ne sommes que des êtres humains, chacun a le droit de faire des erreurs".

Tout récemment encore, la plus grande partie des contrefaçons concernait l'avant-garde des années 1910-1920 (Kazimir Malevitch, et les peintres de l'association Valet de carreau). Ceci a entraîné l'effondrement du marché du modernisme russe: les collectionneurs ont tout simplement cessé d'acheter des oeuvres avant-gardistes aux galeristes. Aujourd'hui, ce sont les paysages du XIXe siècle, en premier lieu les toiles d'Ivan Aïvazovsky, qui sont les plus populaires. Le peintre lui-même estimait le nombre de ses tableaux à 6.000, alors qu'on en décompte 60.000 sur le marché contemporain.

"En Russie, on m'a souvent demandé d'évaluer des toiles prétendument signées Ilia Répine ou Ivan Chichkine, mais aucun tableau authentique n'a surgi depuis cinq ans, raconte le peintre restaurateur Denis Zourov (Allemagne), expert de la peinture russe du XIXe et du début du XXe siècle. Tantôt j'avais affaire à une très bonne contrefaçon, tantôt à une oeuvre d'un imitateur ou d'un disciple du grand maître, réalisée du vivant du peintre. Mais il est impossible de le comprendre à l'oeil nu: une expertise minutieuse est nécessaire pour cela".

Posté par CFRIES à 17:08 - Corruption & Fraudes - Permalien [#]